Arte proposera ce mardi 26 août 2025 dès 20h55, une soirée spéciale thématique autour de la crise climatique avec quatre documentaires inédits.
Main basse sur les terres : Pillage alimentaire
Comment de puissants acteurs (Chine, Russie, pays du Golfe, multinationales américaines…) s'approprient l'eau et les terres arables, notamment en Afrique. Une investigation éloquente, mise en scène comme un thriller.
C'est aux États-Unis que Nathan Halverson, grand reporter du Center for Investigative Journalism (CIJ), une organisation à but non lucratif, débute une enquête qu'il va mettre plus de sept années à boucler avec sept autres journalistes de choc, rompus à la clandestinité et à ses méthodes. Comment et pourquoi le groupe chinois Shuanghui a-t-il pu acquérir en 2013 la multinationale américaine Smithfield Foods, soit un quart de la production états-unienne de viande de porc ? Ayant découvert que l'État chinois était secrètement à la manœuvre, il s'intéresse ensuite au désespoir des fermiers de l'Arizona : depuis qu'une société saoudienne a acquis en toute légalité 40 kilomètres carrés de terres en plein cœur de cet État aride, où elle prélève jour et nuit 13 000 litres d'eau à la minute, la plupart des puits alentour se tarissent… En suivant l’argent, l’enquête, bientôt tentaculaire, va mener Halverson et son équipe aux projets autrement plus vastes menés par ces puissants acteurs, mais aussi par les Émirats arabes unis, la Russie, de grosses firmes à Wall Street et l'une des figures les plus controversées du milieu des affaires : Erik Prince, ex-PDG de Blackwater, multinationale de mercenariat, qui a notamment opéré en Irak et en Afghanistan. Pendant ce temps, Vladimir Poutine planifie l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, qui a eu le front de couper l’une des principales sources d'irrigation de la Crimée conquise en 2014.
Déplacés climatiques : sans toit ni droit
Alors que de plus en plus de personnes, oubliées du droit international, fuient la montée des eaux et les phénomènes météorologiques extrêmes, les pays les plus vulnérables au changement climatique n’ont d’autre choix que d’agir. Zoom sur les exemples du Bangladesh, de la Colombie et des îles Fidji.
De 26 millions en 2023, les déplacés climatiques, désormais plus nombreux que les réfugiés des conflits, pourraient passer à plus de 220 millions en 2050, selon les estimations de la Banque mondiale. Pourtant, en 2025, le droit international ne leur octroie aucune protection. En première ligne du dérèglement climatique, des pays tentent de combler ce vide juridique. Au Bangladesh, où les catastrophes naturelles ont déjà provoqué près de 15 millions de déplacements internes au cours des dix dernières années, des villages modèles se construisent pour accueillir les populations chassées par l’érosion et la salinisation des sols. En Colombie, la Cour constitutionnelle, saisie du cas d’un couple de paysans, a reconnu en 2024 que les déplacements forcés pouvaient résulter de facteurs environnementaux, ouvrant la voie à une prise en charge des victimes. Dans le Pacifique, où la montée du niveau de l’océan met en péril l’existence de plusieurs États, les îles Fidji et leurs voisins ont adopté en 2023 un cadre régional sur la mobilité climatique, qui instaure une obligation de solidarité entre les signataires.
Des mines vertes, une solution à la crise climatique ?
L'extraction minière peut-elle être écoresponsable ? Des lieux de pouvoir aux régions scarifiées par les sites existants, enquête dans une Europe prête à ouvrir
Ironie du sort : une industrie notoirement mortifère sur le plan écologique et celui des droits humains jouera un rôle clef dans la grande transition verte voulue par l'Europe. Pour atteindre la neutralité climatique à l’horizon 2050, impossible, selon les gouvernements, de se passer de "minéraux stratégiques" qui viendront remplacer nos industries fossiles. Aujourd'hui en grande majorité importées de Chine, ces "terres rares" (lithium, cobalt, cuivre, bauxite, gallium, bismuth, germanium, indium…) sont présentes et pour certaines déjà extraites en Europe. Ne resterait plus qu'à amplifier la production, une musique douce aux oreilles du secteur minier qui mène un lobbying intense en jurant qu'une "extraction verte et durable" est possible. Mais que disent les faits ?
Il est temps d'atterrir
Autour de la figure du penseur Bruno Latour, disparu en 2022, Vincent Gaullier et Raphaël Girardot tissent des fils de réflexion en hommage à ce pionnier de l’écologie politique, dans un essai documentaire stimulant.
"Où atterrir ?", interrogeait dans l’un de ses derniers essais l’anthropologue et philosophe des sciences Bruno Latour (1947-2022). Face à la dérégulation, à l’explosion des inégalités et au déni persistant des conséquences de la mutation climatique, il y proposait un guide d’orientation politique à la hauteur de ces enjeux : une réflexion de terrain, puissamment ancrée dans la "zone critique", ce mince territoire que nous partageons avec l’ensemble du monde vivant. Trois ans après sa disparition, sa pensée reste plus vivace que jamais : aux côtés de ses écrits, les leçons que Bruno Latour a diffusées sur le Web pendant le Covid-19 continuent de circuler et donnent lieu à l’émergence d’un véritable mouvement d’éducation populaire.