L'Arcom tape du poing sur la table pour mettre fin aux stratégies de contournement du pluralisme politique. Dans son rapport sur les élections municipales, le régulateur annonce que les interventions diffusées la nuit, entre minuit et 5h59, ne seront plus comptabilisées dans le temps de parole des partis. Cette mesure entrera en vigueur le 1er octobre 2026.
Jusqu'alors, certaines chaînes de télévision et stations de radio profitaient de cette faille pour reléguer les opposants ou les « petits candidats » au cœur de la nuit. Ces rediffusions nocturnes leur permettaient d'équilibrer artificiellement leurs tableurs sans modifier leurs grilles de grande écoute. Après une phase de concertation à la rentrée, l'Arcom adaptera ses outils de contrôle afin de sécuriser les futures échéances électorales, notamment la présidentielle.
En marge de cette réforme, le gendarme de l'audiovisuel a prononcé une mise en demeure contre CNews, la troisième depuis le début de l'année 2026. Le régulateur reproche à la chaîne du groupe Canal+ un manque de mesure et d'honnêteté dans son traitement de la campagne électorale à Paris.
Sont visés un reportage laudatif de vingt minutes intitulé Rachida Dati à la conquête de Paris et le débat qui a suivi dans l'émission 100% Politique Week-end le 20 mars dernier.
L'autorité pointe du doigt des interventions systématiquement critiques envers ses concurrents, diffusées à une heure de grande écoute, à peine trois heures avant la période de réserve du second tour. La retransmission tardive et reléguée en fin d'émission du meeting de son principal opposant n'a pas permis de rééquilibrer l'information.
« Sur le traitement de l’actualité liée aux élections municipales des 15 et 22 mars 2026 :
3. Au cours du reportage intitulé « [Mme X] à la conquête de Paris » diffusé à 21h05 le 20 mars 2026, Mme X, alors candidate à la mairie de Paris, a tenu des propos très critiques, voire virulents, à l’égard de l’un de ses concurrents, M. Y. En outre, les journalistes invités à évoquer la campagne et des sujets connexes au cours du reportage ont tous exprimé des opinions favorables à Mme X et / ou critiques des autres candidats. Ainsi, concernant notamment le thème de la sécurité, l’un d’entre eux a par exemple affirmé : « La ville est gangrénée par certains points de deal, par des dealers, par la drogue, et aussi par une insécurité galopante dans certains quartiers de Paris » ; un autre a également soutenu : « Sur le plan régalien, elle [Mme X] a été garde des Sceaux, elle s’est toujours beaucoup intéressée aux questions de sécurité, de délinquance, elle a été magistrate […] Donc sur ces sujets-là, elle a une certaine expertise, elle peut être jugée assez légitime ». S’agissant de la personnalité de Mme X, un journaliste a par exemple estimé que « Elle a cette capacité à être à l’aise avec tout le monde et tous les publics […] Elle a une spontanéité qui n’est pas feinte, vous mettez les trois-quarts des hommes politiques dans les mêmes conditions, vous obtenez un résultat qui est tout autre » ; de même, un autre a déclaré : « Même une personnalité qui n’est pas issue de ces classes sociales-là peut se dire qu’on se reconnaît dans [Mme X] parce que c’est quelqu’un qui est arrivé jusqu’au sommet et qui n’hésite pas, depuis le sommet, à dire ses quatre vérités à tout l’entourage politique, à tout l’entourage médiatique, et à y rester ».
4. Lors de l’émission « 100% Politique Week-end » diffusée le 20 mars 2026 à 21h30 à la suite du reportage, les échanges en plateau ont donné lieu à des propos systématiquement critiques à l’égard des candidats à la mairie de Paris autres que Mme X. A la suite de ces échanges, à 22h, le présentateur a annoncé la diffusion « à 22h30 » du dernier meeting de M. Y. L’émission s’est alors poursuivie avec la diffusion d’un journal, suivi d’analyses et d’échanges animés par le présentateur concernant l’actualité internationale, puis de la rediffusion d’une intervention du 20 mars 2026 du président du Rassemblement national à propos des élections municipales en France. Enfin, le discours de M. Y prononcé lors de son meeting du 20 mars 2026 a été diffusé en fin d’émission, à partir de 22h27.
5. Il résulte ainsi du compte rendu de visionnage que, lors du reportage intitulé « [Mme X] à la conquête de Paris » et de l’émission « 100% Politique Week-end », le traitement de l’actualité électorale a donné lieu à l’expression de points de vue largement convergents, la plupart des intervenants ayant émis, d’une part, des appréciations positives voire laudatives à propos de Mme X et de sa campagne électorale et, d’autre part, de vives critiques à l’égard des autres candidats en lice pour le second tour de l’élection municipale de Paris. En outre, ces propos ont été diffusés à un horaire susceptible d’attirer des audiences importantes, tandis que la retransmission du discours de M. Y lors de son meeting du 20 mars 2026 est intervenue en fin d’émission, à un horaire de moindre audience et après une séquence d’environ vingt-sept minutes dédiée à d’autres sujets.
6. Par ailleurs, ces séquences ont été diffusées moins de trois heures avant la fin de la campagne électorale, le vendredi précédant le second tour des élections municipales, soit dans des conditions rendant une réponse impossible ou inopérante, alors même que la proximité de la période de réserve impose une vigilance toute particulière.
7. Il résulte de ce qui précède que, indépendamment des règles applicables aux temps de parole en matière de pluralisme politique, la diffusion, au cours de la même soirée et à quelques heures du terme de la campagne électorale, d’un reportage de vingt-cinq minutes environ exclusivement consacré à une candidate à la mairie de Paris et d’une séquence d’échanges en plateau au cours desquels cette personnalité a été présentée en termes particulièrement favorables par la plupart des intervenants tandis que des propos systématiquement critiques ont été tenus à l’encontre de l’un de ses concurrents, dont le discours lors d’un meeting électoral a par la suite été retransmis dans des conditions ne permettant pas de rééquilibrer le traitement par l’éditeur de l’actualité électorale, caractérise un manque de mesure et d’honnêteté dans les commentaires et présentations de cette actualité. Il y a lieu, par suite, de mettre en demeure la société d'exploitation d'un service d'information de se conformer, à l'avenir, aux dispositions précitées de l’article 2 la délibération du 4 janvier 2011 ».
/https%3A%2F%2Fwww.arcom.fr%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2F2022-06%2FARCOM_SIGN_EXE_Master_RVB_72ppp_Cyan.png)
Décision du 17 juin 2026 mettant en demeure la société d'exploitation d'un service d'information
L'Arcom est l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, née de la fusion du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et de la Haute Autorité pour la diffusion des...