Ce soir à 20h55, Arte diffusera la série documentaire inédite « Rideau de fer, l'occupation soviétique ».
Comment, après 1945, l’URSS a-t-elle imposé son modèle en Europe centrale et orientale ? Et comment les populations ont-elles vécu cette soviétisation forcée ? De la fin de la guerre à la construction du mur de Berlin, en 1961, témoignages et archives font revivre de l’intérieur les étapes de cette mise au pas radicale.
La main de Moscou
En février 1945, quelques mois avant la fin de la guerre, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'URSS se réunissent à Yalta afin de s’accorder sur le futur de l’Europe. Staline, en position de force grâce à ses succès militaires, rassure les dirigeants occidentaux en s’engageant à organiser des élections démocratiques dans les territoires libérés par l’Armée rouge. En réalité, il va profiter du chaos ambiant pour étendre sa toile… Alors que plus de 30 millions de personnes – Allemands expulsés, prisonniers de guerre, rescapés des camps, civils fuyant déjà les persécutions soviétiques… – errent sur un continent en ruine, et que les populations sont occupées à reconstruire et à survivre, Moscou manœuvre, dans ces années d’après-guerre, pour placer ses fidèles à la tête des gouvernements polonais, est-allemand, tchécoslovaque ou hongrois. Se servant partout où il le peut, le Kremlin réquisitionne en même temps les industries de ces pays déjà sous influence : machines, blé, charbon mais aussi uranium nécessaire à la fabrication de la bombe atomique sont confisqués. Glorifiée par la propagande, l’idéologie communiste s’impose à tous les esprits, tandis que les arrestations arbitraires se multiplient. Bientôt, des clôtures se dressent entre l’empire de Staline et le reste du monde : le rideau de fer s’est abattu sur l’Europe.
Le règne de Staline
En décembre 1949, le camp soviétique célèbre les 70 ans de son chef tout-puissant. Dans tous les "pays frères", des "villes de Staline" voient le jour, rebaptisées ou construites à la faveur de chantiers titanesques. Partie prenante de cet élan, la femme travailleuse – qui n’est l’égale de l’homme que dans l’espace public – incarne la réussite du modèle soviétique. Si l’Armée rouge s’est désormais retirée en URSS, le Kremlin continue de superviser les régimes voisins. Il ordonne la persécution du clergé et la surveillance étroite des croyants. La jeunesse, embrigadée dans les organisations de Pionniers, joue les fers de lance des grandes campagnes politiques. L’une des plus importantes, la collectivisation, oblige les paysans à se séparer de leurs terres ou à subir des confiscations. Alors que les rescapés de l’Holocauste ont cru un temps pouvoir vivre en sécurité derrière le rideau de fer, ils deviennent la cible de la terreur stalinienne. En novembre 1952, à Prague, lors d’un simulacre de procès, quatorze hauts dirigeants communistes, juifs pour la plupart, sont jugés pour des crimes fabriqués de toutes pièces, et condamnés à mort pour onze d’entre eux. Les populations du bloc de l’Est se préparent à des purges impitoyables. Mais le 5 mars 1953, le "Petit Père des peuples" meurt, déclenchant une immense vague d’espoir.
Le temps des révoltes
La disparition de Staline ouvre une ère de contestation inédite dans les “démocraties populaires”. En juin 1953, des ouvriers du bâtiment en lutte pour leurs salaires arrêtent le travail sur des chantiers de Berlin-Est, et s’attaquent aux symboles du pouvoir aux côtés de milliers de manifestants. Dépassé, le gouvernement est-allemand en appelle aux Soviétiques pour écraser le soulèvement. L’espoir d’un renouveau vient pourtant de Moscou : en février 1956, au XXe congrès du Parti communiste, Nikita Khrouchtchev dénonce les crimes de son prédécesseur. Une insurrection éclate quelques mois plus tard à Budapest, une fois encore anéantie par les chars soviétiques. La répression terrible qui s’abat sur le pays suscite une émotion et une solidarité immenses dans le reste du bloc de l’Est. Si la surveillance demeure permanente, Moscou relâche un peu son étreinte pour faire oublier ce chapitre. Il est dorénavant permis de voyager dans les autres pays communistes. Des produits occidentaux alimentent les marchés noirs, tandis que les samizdats circulent sous le manteau. À Berlin, les passages à l’Ouest sont autorisés. Les citoyens sont de plus en plus nombreux à fuir l'Allemagne communiste. Le gouvernement est-allemand trouve alors une solution radicale : dans la nuit du 12 au 13 août 1961, une barrière séparant les deux parties de la ville est construite, le mur de Berlin.
L’album photo de la RDA : Entre quotidien et propagande
Ces dernières années, des œuvres de photographes vivant en RDA avant la chute du mur de Berlin ont été redécouvertes. Un regard exclusif sur un monde qui n’existe plus.
En RDA, les photographes étaient étonnamment peu censurés. Passant outre les méthodes invasives de surveillance mises en place par la Stasi, amateurs et journalistes ont donc pu constituer une riche documentation sur la vie en Allemagne de l’Est. Parmi eux, Eberhard Klöppel a réalisé de nombreux reportages pour l’hebdomadaire Neue Berliner Illustrierte, un journal qui a perduré jusqu’en 1991. Dietmar Riemann, qui posait un regard de plus en plus critique sur le pays et a fini par demander une autorisation de sortie du territoire en 1986, a tenu un journal de bord de plus de mille pages et a secrètement photographié le mur de Berlin. Barbara Wolff a immortalisé le quotidien de son village de la région du Brandenburg dans les années 1970 et 1980. Quant à la Berlinoise Christiane Eisler, elle a pris de nombreux clichés de groupes de punk, dont l’un des premiers de RDA : Wutanfall. Ces précieux témoins d’une époque tourmentée commentent ici leur travail, instantanés d’un temps révolu.