Arte diffusera le mardi 23 juin 2026 à 20h55 une soirée documentaire inédite sur l’Amérique.
Amérique, qui es-tu ? Une histoire de la mentalité des États-Unis
À l'occasion du 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis, retour sur les valeurs qui ont forgé l'identité de la société américaine au fil de son existence.
Le 4 juillet 1776, les États-Unis déclarent leur indépendance et deviennent une nation fondée sur un idéal de liberté. Celui-ci s'incarne notamment à travers la conquête de l'Ouest, considéré comme une terre fertile où la limite entre civilisation et sauvagerie doit être sans cesse repoussée – un concept théorisé par Frederick Jackson Turner au XIXe siècle avec le "mythe de la frontière", régulièrement cité par des personnalités politiques, jusqu'à l'actuel président Donald Trump. Autre pilier de l'identité américaine : le christianisme, et plus particulièrement le puritanisme, la traversée de l'Atlantique étant perçue par les colons comme le nouvel exode du peuple élu.
Ce récit contribue au déni des violences exercées sur les populations indigènes, victimes de génocide. Un deuxième "péché originel" – expression qui sera entre autres utilisée par Joe Biden, reconnaissant la responsabilité de son pays – vient s'y ajouter : l'esclavage, qui débute en 1619 avec l'arrivée du navire White Lion. L’'égalité proclamée dans la Déclaration d'indépendance ne concerne en effet que les hommes blancs – en sont exclus les Afro-Américains, les peuples autochtones et les femmes.
Amérique, qui es-tu ? Une histoire de la mentalité des États-Unis
Liée au principe de liberté et à la notion de bénédiction divine, la figure du self-made-man contribue à la construction d'un capitalisme à l'américaine : l'État doit garantir les droits fondamentaux, mais ne pas s'immiscer dans l'économie. De leur côté, les individus qui s'enrichissent décident eux-mêmes à qui ils vont reverser leur argent grâce à un système de mécénat leur permettant de payer peu d'impôts.
Avec l'industrialisation fulgurante, le rêve américain est érigé en arme idéologique, mais le krach de 1929 remet en cause tout le système politique : le New Deal de Franklin D. Roosevelt permet enfin l'intervention de l'État, notamment à travers les assurances chômage et vieillesse.
Lorsque la crise frappe à nouveau, Ronald Reagan réintroduit à l’inverse un libéralisme pur et dur – conception reprise par Donald Trump, pour qui l'état social est contraire à l'identité américaine. Aux yeux du dirigeant, le patriotisme joue un rôle central dans la construction nationale – tout comme l'armée, qui doit permettre aux États-Unis de remplir la mission dont ils s’estiment investis : sauver le monde ou, plutôt, la place de choix que le pays y occupe.
Trump, no Limit
Protectionnisme agressif, sanctions ciblées, guerre d’influence : depuis son retour à la Maison Blanche en 2025, Donald Trump, entouré de stratèges ultraconservateurs, utilise l’économie pour asseoir l’hégémonie américaine. Son objectif : affaiblir son ennemi juré, la Chine, et imposer un nouvel ordre mondial sonnant le glas du libre-échange.
À peine réélu, Donald Trump a pris tout le monde de court en imposant une hausse brutale des droits de douane, visant d’abord la Chine, mais aussi de nombreux partenaires commerciaux. Washington ne veut plus composer avec les règles du commerce international, il veut les imposer. Baptisé “Liberation Day” par la Maison Blanche, ce basculement repose sur une logique simple : les taxes douanières doivent permettre de réindustrialiser, protéger l’emploi, répondre au sentiment de déclassement d’une partie de l’électorat, mais aussi contraindre partenaires et rivaux à s’aligner.
Ce retour au protectionnisme est complété par une série de coupes budgétaires, notamment dans l’aide internationale. L’agence gouvernementale humanitaire USAID, longtemps pilier du soft power américain, a vu ses financements drastiquement réduits, entraînant la suspension de centaines de programmes à travers le monde. En République démocratique du Congo, les répercussions ont été immédiates. Dans l’espoir de récupérer les aides américaines, le pays doit désormais payer des honoraires mirobolants aux lobbys proches du président. Et confier l’exploitation de ses ressources naturelles à des entreprises américaines…
L'Amérique de Trump : La grande fracture
Au plus près de personnages attachants, entre Washington la démocrate et une ville industrielle de la "Rust Belt" résolument "Maga", une chronique éloquente de la présidence Trump II.
Un peu plus de deux heures de route séparent Washington D.C. de la région des Tri-Cities, à la frontière de la Virginie-Occidentale et du Maryland. Un même fleuve, le Potomac, les traverse. Pourtant, ce sont deux mondes opposés. Dans la capitale fédérale, où 6,7 % seulement de la population a voté pour lui en novembre 2024, la deuxième prise de fonction de Donald Trump, en janvier 2025, a été accueillie dans une profonde inquiétude : libéraux catastrophés, fonctionnaires craignant (avec raison) pour leur emploi, mais aussi hantise de la disparition de l'État de droit et panique des minorités, notamment afro-américaines et sexuelles, ouvertement ciblées par le nouveau pouvoir… À Piedmont, en Virginie-Occidentale, dans une région jadis industrielle dont la prospérité, fondée sur l'exploitation du charbon, remontait aux années 1950, on a au contraire massivement soutenu le Parti républicain. Comme l'explique le pasteur Dave Cowan, ancien agent pénitentiaire ayant mis son sens de la débrouille au service d'une communauté minée par le chômage et la pauvreté, ses concitoyens placent dans Donald Trump leur dernier espoir de relance économique.
Mikal : Grandir et s'en sortir
Mikal, 12 ans, grandit dans une chambre d'hôtel délabrée aux côtés de parents alcooliques. Entre chaos et amour, une plongée brute dans l'Amérique des marges à travers le regard d'un jeune garçon qui rêve d'une vie meilleure.
Aux États-Unis, environ 34 millions de personnes vivent dans la pauvreté, et un enfant sur dix grandit dans un foyer miné par l'alcoolisme. Mikal, 12 ans, est l'un d'entre eux. Ses parents et lui s'entassent dans une chambre d'hôtel décrépite de Portland, où ils lavent la vaisselle dans la baignoire et dorment séparés par un simple rideau. Cette promiscuité s'avère d'autant plus asphyxiante que Tonya, mère à la dérive, sans emploi depuis la naissance de son fils, s'abîme dans l'alcool malgré les récriminations quotidiennes de Mikal et de son père, Jason, lui-même dépendant. Prisonnier de ce quotidien chaotique, le garçon, quand il n'explose pas, trouve refuge dans les jeux vidéo, les câlins du chat Smokey ou dans les couloirs de l'hôtel, où il déverse son mal-être en une cascade de mots poétique.