Ce soir dès 20h55, Arte diffusera trois documentaires inédits sur la guerre en Ukraine.
UKRAINE – UN COMBAT POUR L’HISTOIRE
Pour justifier l’invasion de l’Ukraine, le président russe Vladimir Poutine n’a cessé d’invoquer le grand-prince de Kiev Vladimir Ier, dont la conversion, en 988, mena à la christianisation de la Russie. Il a aussi rappelé l’existence de la "Rus' de Kiev", une principauté médiévale qui constitue la plus ancienne entité politique de la région ayant réuni les deux peuples. Alors qu’il qualifie également de “dénazification” son entreprise de conquête, son attitude montre combien l’instrumentalisation des récits historiques constitue un enjeu crucial de la guerre.
Ce conflit entre deux visions radicalement opposées est vieux de plusieurs siècles. Des Vikings fondateurs de la Rus’ de Kiev aux "terres de sang" ravagées par la Seconde Guerre mondiale (la vaste zone de la Pologne centrale à la Russie occidentale qui a vu s’affronter la Wehrmacht et l’Armée rouge) en passant par le règne de la tsarine Catherine II, "impératrice de toutes les Russies", l’historiographie ukrainienne voit dans les événements du passé les effets de la longue oppression russe, et tente de se réapproprier l’histoire nationale.
"COLLABOS !" – L'UKRAINE EN GUERRE FACE A SES TRAITRES
Depuis l’invasion russe du 24 février 2022, une guerre secrète se joue derrière la ligne de front. Maires, instituteurs, prêtres, soldats ou citoyens ordinaires… : au service de Moscou, ces ennemis de l’intérieur, qui divulgueraient des informations capitales à l’armée russe, sont inlassablement traqués par leurs compatriotes.
Quitte à être livrés, sur de simples rumeurs, à des arrestations arbitraires et à une justice expéditive, qui répond souvent à un désir de vengeance. À Izioum, une ville de l'Est ukrainien, au sud de Kharkiv, où l’armée russe a laissé un effroyable charnier – 445 morts –, le SBU, le service de police et de sécurité, cherche à débusquer les membres de cette "cinquième colonne".
Près de 7 000 affaires sont en cours dans les tribunaux, tandis que quelque 350 coupables présumés ont été jugés et purgent aujourd’hui des peines de prison pour trahison. Mais comment, sous les bombes de l’agresseur, assurer une justice indépendante ? Cette hâtive épuration soulève des questions tout à la fois éthiques et politiques, à l’heure où l’Ukraine veut convaincre l’Union européenne, dans l’espoir de sa future adhésion, de son respect de l’État de droit.
LE BLE, L'AUTRE ARME DE POUTINE
24 février 2022. Alors que les blindés russes pénètrent en Ukraine, que les bombes s’abattent sur les villes, personne ne semble remarquer que les exploitations et les infrastructures agricoles ukrainiennes sont aussi systématiquement détruites. Dans les territoires occupés, les expropriations se multiplient tout comme les pillages de récoltes. Ayant échoué à prendre Kiev, l'envahisseur se lance, dès le printemps 2022, à la conquête des fameuses “terres noires”, les plus fertiles du monde, situées dans l'est et le sud du pays.
Autre priorité du Kremlin : foncer sur les côtes pour empêcher les céréales ukrainiennes d’être exportées via la mer d’Azov et la mer Noire, par où l’Ukraine fait transiter 90 % de sa production à exporter. Alors que les ports ukrainiens sont à l’arrêt, la menace d’une pénurie s’empare des marchés, faisant passer en quelques semaines le cours du blé de 300 à 400 euros la tonne. Dans les pays importateurs du Sud, notamment l’Égypte et l’Algérie, les gouvernements redoutent la pénurie et l’explosion sociale. En choisissant dès lors de ne livrer que les pays "amis", Poutine peut commencer à tirer les ficelles d’un nouvel ordre mondial à sa botte.