Le lundi 02 novembre 2026 à 21h05, France 5 diffusera dans la case « Sur le front », le documentaire inédit « La folie des croisières ».
Les croisières sont en plein boom. Avec de nouvelles escales très surprenantes, et des pratiques absurdes au large pour limiter la pollution. Tout ça sans payer de TVA, c’est un paradis fiscal flottant. Hugo Clément part à la rencontre des Français qui se battent pour limiter le surtourisme et la pollution.
Édito d’Hugo Clément
Je ne me rendais pas compte que les croisières connaissaient un tel essor dans le monde ! On a tous en tête des villes comme Venise, qui se mettent à refuser les croisières en plein centre-ville. On se souvient aussi des épidémies à bord, et de plusieurs naufrages récents... Et pourtant, le secteur explose : +88 % depuis le Covid ! À l’échelle mondiale, c’est vertigineux !
Quand on a découvert que La Rochelle interdisait les croisières en juillet et en août, et que les habitants de Villefranche-sur-Mer se mobilisaient contre ces paquebots, on a voulu comprendre ce qu’on leur reprochait vraiment. On a découvert que, même à quai, ces paquebots continuent de tourner à plein régime : leurs moteurs restent allumés jour et nuit pour alimenter le navire en électricité !
Mais le plus surprenant, c’est ce qui se passe au large. Pour respecter la réglementation sur les émissions de soufre dans l’atmosphère, ces navires utilisent des laveurs de fumée. Le principe ? Nettoyer les gaz d’échappement grâce à l’eau de mer... avant de rejeter cette eau directement dans l’océan, chargée de substances toxiques. Et tout ça, c’est légal !
Pourtant, des solutions existent ! Au Havre ou à Marseille, les quais ont été électrifiés pour permettre aux navires de se brancher pendant les escales et de couper leurs moteurs. Il existe aussi des carburants moins riches en soufre, certes deux fois plus chers, mais qui permettent de ne rien rejeter dans l’eau.
On a également été stupéfaits par la nouvelle stratégie commerciale des compagnies : Acheter des îles privées et les transformer en parcs d’attractions ! L’objectif ? Faire en sorte que l’argent dépensé par les touristes pendant leur escale leur revienne, plutôt que de faire vivre l’économie locale. Et enfin, j’ai été impressionné par ces Mexicains qui se sont battus pour que ces compagnies ne transforment par leur mangrove en plages privées !
Pas de TVA, pas de taxe sur les bénéfices ni sur le carburant, le bateau de croisière est un paradis fiscal
Il n’y a pas de TVA sur les croisières (il suffit qu’elles circulent entre au moins deux pays). Aucune taxe sur le fioul lourd, qui est pourtant le carburant le plus polluant ! Et pas de taxe sur les bénéfices : les compagnies bénéficient d’une taxe au tonnage, particulièrement avantageuse, comme les navires de transport de marchandises. Une concurrence déloyale par rapport aux voyages organisés, en bus, mais aussi aux hôtels, qui ne sont pas du tout soumis à la même fiscalité !
Villefranche-sur-mer, les quotas de touristes sont déjà contournés
Pour limiter le surtourisme, la préfecture des Alpes Maritimes va limiter les débarquements à 3 000 passagers par jour. On imaginait ainsi que les bateaux de plus de 3 000 passagers ne viendraient plus. Pas du tout ! Nous avons assisté, au mois d’octobre, à la manœuvre du Norwegian Epic. Sous nos yeux, une partie des croisiéristes débarque à Villefranche, tandis que les autres sont acheminés un peu plus loin, à Nice. Les quotas ne sont pas encore mis en place mais les compagnies ont déjà trouvé la parade pour ne rien changer.
Les laveurs de fumée empoisonnent la Méditerranée
Depuis l’année dernière, il est interdit de rejeter trop de soufre par les fumées des bateaux en Méditerranée. Pour respecter cette nouvelle réglementation, les compagnies utilisent des laveurs de fumée qui fonctionnent à l’eau. Une fois au large, cette eau est rejetée directement dans la mer, alors qu’elle contient encore des polluants ! Ça s’appelle les scrubbers en boucle ouverte, et cette pratique est tout à fait légale au large !
Les compagnies pourraient pourtant utiliser des carburants allégés en soufre, certes deux fois plus chers... mais qui fonctionnent sans scrubber et sans rejet dans l’eau de la méditerranée.
Les compagnies de croisière s’achètent des îles privées
C’est la dernière stratégie commerciale de ces paquebots géants : acheter des îles, les transformer en énormes resorts, avec des piscines géantes et des toboggans démesurés ! Pour y accéder, il n’y a aucun autre moyen que d’embarquer à bord d’une croisière ! Sur place, les travailleurs ne sont pas des salariés locaux : ils font partie de l’équipage du bateau.
Les fumées des croisières sous ses fenêtres
400 000 croisiéristes passent par Ajaccio tous les ans ! A quai, les paquebots géants laissent tourner des moteurs en permanence pour rester alimentés en électricité... Les habitants subissent les mauvaises odeurs et la pollution. Certains riverains ont même décidé de mesurer eux-mêmes les particules ultrafines qu’ils respirent au quotidien !