Le mardi 22 septembre 2026 à 20h55, Arte programmera le documentaire inédit « Inquisitions ».
Forte de six siècles d'exercice, l'inquisition apparaît comme la machine répressive la plus formidable de l'histoire européenne. Le documentariste Stan Neumann raconte les origines et l'évolution de cette "police des âmes" à la fois secrète et spectaculaire, dont le monde d'aujourd'hui porte toujours l'empreinte.
Le parfait inquisiteur
Fondée par le pape Grégoire IX en 1231, l'inquisition connaît d'abord des débuts chaotiques. Dans les premiers temps, des émissaires sont envoyés sur le terrain pour éradiquer les "foyers d'hérésie" apparus en Italie, en France et en Allemagne, communautés de croyants qui contestent le monopole d'une Église romaine corrompue et revendiquent un retour à la pauvreté évangélique. Cathares, Albigeois ou Vaudois présumés subissent alors une répression brutale et désordonnée. Mais l'Église voit bientôt la nécessité de codifier cette nouvelle "police des âmes".
Vers 1380, le prêtre catalan Nicolas Eymerich rédige ainsi le Manuel des inquisiteurs, un précis théorique et pratique particulièrement fouillé qui renseigne sur la psychologie des hérétiques et détaille les méthodes pour les faire parler. Ses recommandations, restées en vigueur jusqu'au XIXe siècle, n'ont rien à envier aux pratiques des polices politiques des États totalitaires, et trouvent encore des échos dans le monde contemporain...
Le secret et le faste
Après les premiers temps de l'inquisition, l'Église, pour continuer à asseoir son pouvoir, doit trouver de nouveaux opposants. La sorcellerie apparaît comme une coupable idéale, objet de témoignages particulièrement imagés (en réalité rédigés par les inquisiteurs eux-mêmes) et d'une foule de procès. À l'inquisition médiévale succèdent les inquisitions espagnole et portugaise, déployant leur arsenal répressif avec une conviction sans égale. Le système s'incarne désormais dans un tribunal central qui fonctionne plus efficacement que la justice séculière.
Après avoir ciblé les juifs et les musulmans convertis, la notion d'hérésie s'étend à des domaines sans rapport avec la religion, comme la fabrication de fausse monnaie, la contrebande ou l'homosexualité. L'inquisition s'expose publiquement dans des autodafés (en portugais, "actes de foi"), spectaculaires mises en scène de la toute-puissance du pouvoir en place. Avant que les protestants et les populations des territoires colonisés ne constituent une nouvelle réserve de mécréants…