Le 13 novembre 2015, à Paris et Saint-Denis, 130 personnes ont perdu la vie, dont 90 au Bataclan, dans le pire attentat perpétré sur le sol français depuis la Seconde Guerre mondiale.
Un an jour pour jour après ces attaques meurtrières, France 5 propose une soirée spéciale, avec deux documentaires : en prime-time le dimanche 13 novembre, « Vous n’aurez pas ma haine », suivi d’un débat, et à 22.40 « Paris restera Paris ».
20h50 – Vous n’aurez pas ma haine
Le journaliste Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène, dans les attentats du 13 novembre 2015. Le lendemain, il poste sur les réseaux sociaux un texte bouleversant qui va enflammer la Toile : « Vous n’aurez pas ma haine ! » Dans ce film, réalisé tout au long de l’année 2016, il part à la rencontre d’autres familles de victimes du terrorisme et raconte leur combat, son combat pour la vie.
Antoine (13 novembre 2015, 22 h 37) : « Hélène est au Bataclan… Je n’entends plus dans ma poitrine que mon cœur qui tente de s’échapper […] je sens une décharge électrique qui me traverse le corps. Je l’ai cherchée partout, dans chaque hôpital, son nom n’est sur aucune liste. À l’Institut médico-légal, je demande s’il reste des gens là-bas ; silence de l’employé : “Monsieur, il faut vous préparer au pire…” »
« Les premières semaines m’ont paru une vie entière, une vie de chagrin, avec Hélène qui n’est plus là, et Melvin notre fils qui grandit. »
Djamel (grièvement blessé à la terrasse de La Belle Équipe) : « Ce qu’on a vécu, c’était vraiment une scène de guerre, comme on n’en voit que dans les films ou dans des bleds en Afghanistan ou en Irak. […] Ça a tiré pendant cinq minutes, c’est énorme, ça a duré extrêmement longtemps. Tu penses à plein de choses : tes parents, ta famille proche, la mort, et ça dure, et tu regardes ton corps, tu vois du sang partout. À la fin, c’est encore pire, tu te relèves et tu vois les gens crier, des flaques de sang partout. »
Nicolas (présent au Bataclan avec Hélène) : « Je suis sorti de l’hôpital dimanche et mardi j’ai ouvert mon bar, mais au début je ne pouvais pas être seul, parce que dès que j’étais de dos je sentais des kalach derrière moi. […] Si j’ai de la haine ? Je ne sais pas. En fait, j’aurais tendance à en avoir […] je ne veux plus qu’ils reviennent, je ne veux plus voir un seul des “Daech men” […]. Je me fais des cinoches pas possibles, j’ai surtout peur, peur pour ma famille, mes amis, mon fils, peur de l’avenir. »
Aurélie (enceinte, elle a perdu son mari, Mathieu, au Bataclan) : « J’ai appris la nouvelle le samedi soir tard. Lundi matin, j’avais rendez-vous à la maternité et je me souviens d’avoir vu la vie à l’échographie et de m’être dit : “Ça, c’est encore Mathieu, allez on y va.” J’accueille des moments d’une infinie tristesse et en dehors de ces moments-là je suis complètement dans la vie […]. Je suis debout. J’ai pensé à cette phrase de La Boétie : “Ils ne sont grands que parce qu’on est à genoux” et je n’ai pas eu envie de leur faire ce plaisir-là… »
Fred (dessinateur de BD, était au Bataclan et s’est retrouvé allongé contre une inconnue) : « J’essaye de savoir qui elle est parce que c’est la dernière chose qui nous rattache à la vie. On sait qu’on va peut-être crever […]. Si à ce moment-là on ne fait pas preuve d’humanité l’un envers l’autre, il ne nous reste plus rien… et finalement raconter une blague complètement absurde à ce moment-là n’a pas moins de sens que de se retrouver sous le feu des mitraillettes en plein Paris pendant un concert. Moi, ça m’a fait rire pendant cinq minutes : être capable de raconter l’histoire du pingouin qui respirait par le cul, alors que tu baignes dans le sang d’un mort… »
Emmanuel (a perdu sa fille Élodie au Bataclan) : « On l’a appris le (lendemain) soir à l’École militaire. On était très nombreux dans le même cas. C’est incroyable, mais tout le monde est d’une dignité absolue dans ces cas-là. […] Quand on attendait pour savoir où ils étaient, il y avait un calme complètement incroyable. […] Depuis (sa mort), je regarde les choses un peu différemment, comme si j’avais rajeuni, en tout cas avec son œil. J’ai l’impression qu’une partie de moi est partie et en même temps j’ai quelque chose de nouveau en moi. »
Amaury (présent au Bataclan avec sa fiancée Isobel) : « Comment pouvait-on imaginer ça ? Quand le chaos a commencé, je n’étais pas à côté de ma copine. Elle a fait la morte un long moment au milieu de la fosse, avec les tueurs à proximité. Moi, je suis allé me réfugier rapidement dans les coulisses de droite. J’ai su par la suite que la tuerie a continué dans les coulisses de gauche. On a eu une chance inouïe. »
22h40 - Paris restera Paris
En réaction à l’horreur de la soirée du 13 novembre 2015, le roman d’Ernest Hemingway « Paris est une fête » est devenu, en une nuit, le symbole de la résistance à l’obscurantisme. Le livre est une déclaration d’amour à l’art de vivre parisien. Dans « Paris restera Paris », Florence Troquereau donne la parole aux historiens, écrivains, comédiens et artistes qui, chacun leur tour, en donnent leur définition.
Le soir du 13 novembre 2015, c’est le Paris de la fête qui est visé. La soirée est douce, les terrasses sont bondées, les salles de concert pleines. Le pire va advenir. Après des heures d’horreur, la capitale compte ses morts. Cent trente personnes sont tombées sous les balles. Ces attentats touchent la ville dans ce qu’elle a de plus sacré : sa liberté. Car avant d’être louée par Hemingway, celle-ci a été chèrement acquise au fil du temps. De l’art de la conversation et du libertinage dans les salons du XVIIIe siècle aux soirées endiablées du Palace dans les années 1980, des générations d’artistes se sont succédé dans ses rues et ses bistrots, éclaboussant le monde de leur talent et de leur audace.
À chacun sa fête, à chacun son Paris. Devant la caméra se suivent les personnalités, chacune témoin d’une époque. Pour Macha Méril, c’est le Saint-Germain-des-Prés des clubs de jazz et des bals populaires ; pour Philippe Manœuvre, les débuts du rock et le concert de Johnny place de la Nation en 1963. Frédéric Beigbeder, quant à lui, évoque ses soirées parisiennes, propices aux rencontres exaltantes, aux discussions agitées et à « l’art de l’engueulade ». À moins que « Paris ne soit un voyage intemporel, un mouvement éternel. Où les barrières sont celles que l’on s’impose à soi-même », comme le dit si bien Oxmo Puccino. Terreau parfait de la création artistique, Paris est, pour la chef Hélène Darroze, « un terrain idéal pour trouver son public », et ce quelle que soit sa discipline. Car ce sont de ces moments de vie concentrés et de cette frivolité que se nourrissent l’art et le talent. Paris restera Paris se révèle être un vibrant hommage aux victimes des attentats du 13 Novembre. Résistants malgré eux, les Parisiens ont péri pour avoir usé de cet art de vivre dont l’existence même menace toutes les formes de fascisme.
Source : France 5